Le rire d’un enfant peut tout changer,

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Depuis plusieurs mois, cet article s’attarde dans mon esprit. Mais ce n’était pas le bon moment, et certainement que ce n’était pas encore complètement acquis chez moi, en moi. J’avais besoin d’être entièrement absorbée, absolue, par ce sentiment, cette vision, avant d’arriver à trouver les mots justes. Il y a parfois des sujets qui doivent nous prendre aux tripes avant d’exister, avant de respirer. Nous restons l’oxygène de nos pensées.

Et puis, le week-end dernier, je me suis fais bousculer, la vie m’a tapé sur l’épaule et m’a assené le plus bel uppercut au monde. C’était doux, hors du temps ; évident.

J’étais assise là, sur le sable tiède d’une des nombreuses plages de Saint-Malo. Cette plage, face à la piscine naturelle, qui me fait toujours regretter de ne pas avoir pris mon maillot de bain au mois de mars. Je regardais alors, un peu plus loin, mon G. et mon petit N. en train de rire ensemble, les pieds dans l’écume des vagues, qui va et revient, comme pour participer à leur jeu, les entendre rire. Il le tenait par les mains, et j’entendais son petit rire de bébé dès que la vague revenait s’échouer sur ses minuscules pieds.

Je n’aurais voulu être à aucun autre endroit au monde, et je n’avais plus que faire du reste du monde. C’était un instant pur et parfait, qui m’a fait pleinement prendre conscience que ces moments de la vie me suffisaient pour nourrir mon âme et pour entretenir mon bonheur.

Je ne sais pas bien à quel moment est-ce que je me suis perdue. A quelle moment est-ce que j’ai arrêté de regarder dans ma direction, et que j’ai finalement préféré prendre le chemin opposé, le chemin que la Société nous demande d’emprunter, ce chemin confortable. A quelle moment est-ce que j’ai pris la décision d’écouter les autres et de taire toutes mes voix intérieures. Je ne sais pas bien.

Quand, quand est-ce que nous avons finir par accepter que la consommation de masse fasse partie intégrante de nos vies ? Que la vie devait être conditionnée par l’argent, le statut social, le travail, et notre consommation à outrance ? Quand avons-nous fini par baisser les armes et accepter, tolérer, une telle dépendance, un tel esclavagisme, un tel malheur ? Quand avons-nous accepté de fermer les yeux sur l’environnement ? Sur l’impact que nous avions sur cette espace vital dans lequel nous vivons ? Quand avons-nous accepté de devenir individualistes ? Quand avons-nous décidé de vouloir toujours plus et d’abandonner les plaisirs simples ? Quand avons-nous décidé que notre image publique était plus importante que notre image personnelle ?

Je n’arrive plus à saisir l’importance accordée aux valeurs de notre Société. Il nous faut forcément un travail pour avoir de l’argent, et il nous faut forcément de l’argent pour consommer, et il faut consommer pour être quelqu’un, et il faut être quelqu’un pour être heureux, et il faut être heureux pour vivre. Et c’est un cercle sans fin, vicieux au possible, qui n’en finit plus de nous étouffer.

Pourtant, à ce moment précis, j’étais là, sur le sable, je n’étais personne, je n’étais rien, je n’étais que moi, dans toute sa simplicité et dans toute son authenticité. Et pourtant, j’avais tout. Je n’avais besoin de rien, absolument rien d’autre.

Pourquoi s’enfermer dans un travail qui ne nous plaît pas, à compter les semaines qui nous séparent des prochaines vacances vivement attendues ? Pourquoi s’évertuer à croire que travailler doit forcément être une contrainte et ne doit être qu’une obligation sociale ? Pourquoi gagner de l’argent si nous passons à côté de l’essentiel, aussi simple soit cet essentiel ? Pourquoi vouloir être autant reconnus alors que nous ne nous aimons pas nous-mêmes ? Pourquoi avoir besoin de l’approbation des autres pour prendre sa vie en main ? Pourquoi regarder d’un mauvais œil les personnes qui arrêtent de travailler ou qui se lancent à leur propre compte ? Pourquoi vouloir absolument nos enfants avant 30 ans et posséder une maison pour être heureux du stéréotype parfait ? Pourquoi attendre après la consommation excessive pour espérer rencontrer le bonheur durable ?

J’ai conscience que mes idées sont éparpillées, floues, voire même inintelligibles. J’ai conscience également que tout le monde ne peut pas faire ce qu’il voudrait ou vivre comme il le voudrait (situation financière, familiale, etc.). Mais je sais aussi – pour l’avoir vécu, pour le vivre encore – que lorsque nous le pouvons, nous regardons irrésistiblement vers le confort, la facilité et le sentiment général. Nous sommes uniques et pourtant, nous aimons les regroupements et les globalités.

Après des mois d’écoute attentive envers ma propre personne, je peux vous avouer une certitude : rien ne m’a jamais rendue plus heureuse que d’entendre mon mari et mon fils rirent ensemble dans le creux des vagues, lire un livre sous un plaid au coin d’une cheminée qui crépite, passer mes journées à écrire en buvant du café, prendre des photographies et améliorer ce champ des possibles, peindre dans la cour ensoleillée au milieu des oiseaux joyeux, laisser mes réflexions et mes pensées à la fois se perdre et se nourrir dans le bruit des vagues et l’air iodé, vivre une vie sereine et ralentie, au plus proche de la nature.

Et pourtant, aujourd’hui je vis à Paris, tous les matins je cours pour attraper mon bus pendant que G. dépose notre petit N. à la crèche, j’arrive au travail à 9h pétante sans aucune flexibilité possible, je passe ma journée à traiter des dossiers, des mails, des appels téléphoniques, et ensuite je rentre chez moi, fatiguée, à courir de nouveau pour attraper mon bus, et à vite profiter de mon fils, épuisé lui aussi, avant qu’il n’aille se coucher. Je profite alors enfin de mon mari, mais vite rattrapée par la fatigue je me couche rapidement et sans avoir la force même d’ouvrir un livre.
Cela me satisfaisait très bien jusqu’ici, je trouvais même ma vie plutôt chouette, au regard de ma personnalité/mon parcours/mes expériences/etc.

Mais je crois sincèrement que ce rire d’enfant, innocent, bruyant, pétillant, a changé ma vie. Et que ma vie, elle aussi, doit changer et rire aux éclats.

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2 réflexions sur “Le rire d’un enfant peut tout changer,

  1. Maman BCBG dit :

    Arf…. j’aime beaucoup cet article, doux et bien écrit…. mais je n’aime pas les questions qu’il me renvoie en plein face…. Courir toute la journée, travailler pour payer d’autres personnes qui s’occuperont de mes petits… alors que l’essentiel est parfois contenu dans un rire d’enfant, dans un regard, dans une respiration endormie….

    Et pourtant, il faudra bien que je me les pose un jour ces questions, même si j’ai peur de me rendre compte que je n’ai aucune marge de manœuvre en réalité 🙂

    Merci pour ce texte…!

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