A l’aube (anticipé) des 26 ans,

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A 18 ans, le cœur en miettes, je fumais des cigarettes au bord de l’eau, les pensées vagabondanses. Je noircissais des carnets tout en écoutant Supertramp ou Dire Straits. Je lisais alors Les Contemplations de Victor Hugo et j’aspirais au même émerveillement de vie, sans pleinement en comprendre le sens, la substance, le secret. Moulée dans mon slim taille 38, je n’arrivais pas à me projeter plus loin que l’instant présent et l’avenir semblait incertain, brisé, déséquilibré. Je me répétais sans cesse : quelle vie mener sans toi ? Que faire sans ton regard posé sur moi et ta trompette entre tes doigts ? Existe-t-il réellement une vie après toi et tout ce que tu as remué en moi ? Que donner à la vie lorsqu’on a tout donné par amour ?

A 19 ans, le cœur renouvelé, j’ai jeté mes dernières cigarettes dans une poubelle public, j’ai changé toute ma playlist pour du jazz, et j’ai continué de noircir des carnets. Ma rencontre spirituelle a tout bouleversé, tout chahuté, avant de tout remettre en ordre. La vie, c’était bien plus que des battements de cœur.

A 20 ans, j’ai fait des rencontres fabuleuses, j’ai eu le courage de fermer ma valise et de la poser dans une toute nouvelle ville, j’ai plaqué mes études de droit pour changer de voie, j’ai continué de noircir un paquet de carnets, et j’ai dit oui au merveilleux genou posé sur les marches de l’Opéra Garnier, dans ma robe de princesse noire.

A 21 ans, j’ai terminé mes études, j’ai validé ce foutu diplôme qui m’en aura fait voir de toutes les couleurs, je suis devenue officiellement Chargée des Ressources Humaines, j’ai passé mon année à jongler entre les préparatifs de mon mariage et la rédaction/soutenance de mon mémoire, j’ai vécu deux magnifiques journées en robe blanche et sourire scotché sur les lèvres, j’ai eu un premier emploi passionnant, nous avons eu notre première petite maison, j’ai eu mon premier Reflex et j’ai vécu la vie avec un gigantesque V.

A 22 et 23 ans, j’ai repris la peinture, je me suis lancée dans la photographie (à pas craintifs), j’ai noirci des millions de carnets, j’ai dévoré une quantité astronomique de livres en tout genre, nous avons quitté notre petite maison et nous avons de nouveau posé notre valise à Paris, nous avons marché à contre-courants et nous avons appris à dire non, stop, merde. Nous avons dévalisé les clubs de jazz, nous avons piétiné les moindres rues, quartiers, arrondissements, avec des clic clac flash. J’ai commencé la rédaction de mon livre, nous avons vécu notre première période de chômage, nous avons dansé à l’étranger, et j’ai commencé à aimer les moules. J’ai repris le saxophone, j’ai trouvé mon emploi actuel, nous avons dansé la vie à droite à gauche en haut en bas, nous avons emménagé dans notre merveilleuse petite maison actuelle, tu as trouvé ton emploi actuel, nous avons économisé, dépensé et de nouveau économisé, et puis nous nous sommes dit : le moment est parfait, allons-y, c’est parti.

A 24 et 25 ans, c’était partit pour la vie à trois. Je suis tombée enceinte, j’ai vécu une grossesse et un accouchement de folie, j’ai mangé 3 548 tartines de Rondelé Ail et Fines Herbes, 65 967 pommes de terre déclinées sous toutes les formes possibles, nous avons vécu la surprise du sexe de notre bébé jusqu’au jour J, nous avons découvert l’haptonomie, les premiers coups de pieds de notre trésor, et les échographies toutes plus belles les unes que les autres. J’ai noirci des milliards de carnets, dévoré tous les sujets possibles sur la maternité et la parentalité, fait une pause dans ma carrière professionnelle, et nous t’avons rencontré. Nous avons rencontré notre premier enfant, notre fils, nous avons enfin pu t’appeler par ton prénom, ce prénom tant désiré, j’ai découvert la tétée de bienvenue, les nuits blanches, la force insoupçonnable cachée au fond de mes tripes, les problèmes de ventre, les larmes, mon baby-blues, l’amour malgré la difficulté. Nous avons vécu tes premiers sourires, tes premiers babillages, tes premiers mouvements, tes premiers rires aux éclats, tes premiers mots. J’ai repris le travail, tu as démarré la crèche, nous avons continué de nous aimer plus fort, encore plus fort. Et nous avons appris à nous retrouver, à prendre soin de notre couple malgré les heures qui se comptent sur les doigts d’une main, à rêver, à nous projeter et à parler nouveaux projets.

Et mes 26 ans dans quelques mois me rappellent que la vie n’est pas linéaire, calculée, prévisible. Qu’il y a la vie qui nous attend devant lorsque nous regardons derrière et que la douleur, celle qui nous semble insurmontable, n’est qu’un battement de plus dans la vie palpitante et trépidante. Qu’il est bon de se rappeler que la vie fluctue, que les bas d’aujourd’hui sont les hauts de demain, et qu’il faut se croire capable de la vivre, cette foutue vie, pour qu’elle se blottisse contre nous, avec ses variations, ses surprises mais surtout ses bonheurs.

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