L’amour d’une mère,

L'amour d'une mère (2),.jpg


J’ai toujours entendu autour de moi les mêmes phrases sur la maternité et la parentalité : c’est une évidence, un instinct, ça te prend aux tripes à peine posé sur ton sein, c’est un amour qui s’impose et qui en impose. Naïvement, j’ai tout entendu, j’ai tout enregistré, et j’étais persuadée de vivre la même chose – après tout, c’était la règle commune non ? Vous voyez, c’est un peu comme les femmes enceintes. La règle commune, c’est que la grossesse épanouie, rend heureuse, est une étape merveilleuse dont il faut profiter au maximum. Et puis il y a le reste, dans l’ombre, derrière le rideau…

J’ai effectivement fait partie de la règle commune concernant ma grossesse, sans le chercher, sans le vouloir. Malgré un premier trimestre épuisant et physiquement compliqué, j’ai aimé cette grossesse, ce ventre rond, ces formes et ces bruissements de vie au creux de moi. Ce qui m’a d’autant plus confortée sur le fait que tout irait bien ensuite, que ce serait effectivement l’évidence qui s’imposerait à moi et qui s’appréhenderait à peine posé sur moi. Maintenant, je vais vous ouvrir le rideau, le vrai rideau, l’arrière scène, les coulisses…

Malgré une révision utérine dont je me serais bien passée, mon accouchement était à l’image de ce que j’espérais. Mes désirs ont été respectés, le travail a été un poil long mais il me restait la quantité nécessaire d’énergie pour la grande rencontre. Nous ne voulions pas connaître le sexe de notre petit bébé, alors avant même de le poser sur moi, la sage-femme me l’a présenté dans toute sa splendeur. Au fond de moi, je le savais, je le sentais… un petit garçon venait d’entrer dans nos vies. Un merveilleux petit garçon, déjà bien grand et bien allongé. Et puis tout s’est brouillé dans mon esprit, j’ai eu le sentiment de perdre connaissance et de me réveiller au même endroit, au même moment, avec un état d’esprit différent. J’étais heureuse, mais la joie était en filigrane, écrasée par un sentiment de peur et une envie de fuir et pourtant avoir envie de rester. Je voulais l’embrasser, le garder tout contre moi, lui parler, lui chuchoter des berceuses et laisser mon petit doigt là, au bord des lèvres, à le laisser suçoter. Et pourtant, j’aurais aussi donné pour fuir, pour revenir en arrière, pour y réfléchir de nouveau, et pour me reposer la question : un bébé, vraiment ?

Lorsque j’étais enceinte, on m’a beaucoup répété : un enfant ça vous change la vie. Bien évidemment, rien de surprenant. Un être humain d’à peine 52 cm arrive dans notre vie, avec ses envies, ses désirs, ses besoins, la vie ne peut pas rester la même. Mais ce n’est pas ce qu’on devrait nous dire, ce n’est pas suffisant, la réalité est encore différente, un enfant ne se contente pas de nous changer la vie, positivement ou négativement. Un enfant change tout, vraiment tout. Tout y passe, il n’y a pas un détail, même le plus infime, qui est oublié. Les nuits, les rêves, l’heure pour sortir, le programme des vacances, l’emplacement des meubles et ce qui s’y trouve dessus, les mots employés et la façon de parler, les courses et notre façon de consommer, etc. Est-ce que j’ai réalisé tout ces changements ? Certainement, mais tardivement. Je pensais que les choses seraient instinctives, évidentes. Après tout, c’est comme ça que les mères se présentaient et gravitaient autour de moi.

Je n’ai pas fait partie de la règle commune, et si pendant de nombreuses semaines, j’en ai culpabilisé des heures durant et je m’en suis voulue, aujourd’hui il s’agit de ma force maternelle. J’ai aimé mon fils à la seconde même où nos regards se sont croisés, ou ses pleurs de naissance ont franchi mon oreille, mais j’ai aussi pris conscience de tout de ce que cela impliquait et de ce tout ce que cela impliquerait à cette même seconde venue. Je suis passée par différentes étapes, j’ai franchi les marches de la maternité avec amour mais aussi avec peur, après un baby-blues de neuf jours, les choses ne se sont pas mises en place comme par enchantement. Et pourtant.

L'amour d'une mère,.jpg

Aujourd’hui, notre petit N. a dix mois, et toutes ces épreuves, tous ces obstacles, nous ont construit et ont fait de notre relation, de notre amour, un roc solide, insondable, inéluctable. Vous me poseriez la question maintenant, je vous répondrais que, bien sûr, c’est une évidence dorénavant. C’est l’amour fou, je suis chaque jour un peu plus surprise de réaliser combien cette amour me prend de partout, m’entoure, m’enserre et fait partie de moi, pour toujours d’ailleurs. Mais je veux le dire, j’y tiens : ça nous a demandé du temps, de la patience, de l’amour bienveillant, du recul, de la sagesse, mais aussi beaucoup de larmes et d’incompréhensions, parfois des cris, de la lassitude, et puis des sourires et tout reprend, tout revient, tout recommence.

J’aurais aimé lire un article comme celui-ci pendant ma grossesse. Non pas pour regretter ou pour reculer, mais au contraire, pour avancer la tête droite, les pieds ancrés, parce que je sais, je sais tout. L’implication, la responsabilité, l’amour, la passion même mais aussi les difficultés, les épines, les bleus. Il n’y a pas de honte à ne pas faire partie de la règle commune. D’ailleurs, est-ce qu’elle existe vraiment, cette règle commune ? Chacune doit vivre les choses à sa manière, avec son intensité, avec sa force et avec sa perception. J’ai de plus en plus de mal avec la culpabilité étouffante, écrasante, qu’on nous (im)pose sur les épaules lorsqu’on ne fait pas partie du tronc commun, du même moule. Nous sommes pourtant des mamans uniques. Merveilleuses, mais uniques.

La maternité, ce n’est ni tout bleu, ni tout rose. C’est un parc à sensations. C’est un remodelage définitif. C’est un rosier, oui, voilà. Un rosier. Avec ses épines mais surtout sa magnifique rose.

Publicités

2 réflexions sur “L’amour d’une mère,

  1. chutmamanlit dit :

    Tu mets vraiment bien les mots sur les choses. Je n’ai pas souffert de babyblues mais régulièrement je me prends une grande claque dans la gueule sur ce que la maternité implique. « Ah donc avoir un enfant ça change ça AUSSI ? » (Insérer à la place de « ça » un des milliards de choses qui ont changées). Mais je crois qu’aucun article au monde ne peut préparer au choc de toute façon…

    Aimé par 1 personne

  2. auboutduvoyage dit :

    Oui, c’est vrai, c’est juste… Le fait de le vivre, c’est vraiment ça qui nous fait prendre conscience des choses. Mais on aimerait toujours être un peu préparé aux choses qui bousculent !

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s