Les Plaisirs Simples de janvier,

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Il y a certains souvenirs. Et le goût sucré des bonnes choses, des souvenirs qui ont le goût des bonbons que l’on grignotait alors dans le creux d’une balançoire, les pieds à l’air et les joues rosies. Est-ce que tous les souvenirs ont un goût sucré, est-ce que le temps les bonifie comme une bouteille de vin trente ans d’âge ? Qu’a-t-on à cacher ? Notre cave à souvenirs vaut-elle la peine de vivre dans la pénombre ? Des souvenirs, comme des bouteilles de vin, bien rangées, année par année, et qui se dégustent avec le temps ; qui se savourent dans la conscience de soi, à soi.

Janvier n’est pas terminé que déjà il tire derrière lui, dans son manteau en laine, des caisses et des caisses, et les petites roulettes qui grincent parfois, enfoncées dans la neige timide, qu’il est prêt à superposer dans cette cave d’avant, d’hier, de je-ne-t’oublie-pas, et de je-te-consigne-au-chaud. Une cave à souvenirs ; est-ce vraiment nécessaire ? Depuis que je pratique la gratitude, et que j’amoncelle des plaisirs simples, cette cave est devenu mon séjour. Il n’y a plus qu’à s’étendre près de la cheminée, dans les souvenirs de juin 2013, et de trinquer à la vie, la vraie, qui embrasse nos lèvres croquées par un verre de vin ; un verre de vie.les-plaisirs-simples-de-janvier-6

Je n’ai plus mes jeans troués, mes Converses délavées, et encore moins mes paquets de cigarette écrasés au fond de mes poches ; je n’ai plus seize ans ; mais j’ai retrouvé mes livres, et cette lecture dévorante. Il y a ces tasses de café fumantes, cette odeur de grains moulus comme un coffee shop en plein New-York, ces mains tendues, ces pages qui bruissent, qui se cornent et s’écorchent au battement des journées, et il y a les mots, qui cognent, qui versent, qui éclosent et qui explosent. Je cherchais ma vie à des kilomètres à la ronde quand elle se cachait simplement, innocemment, entre deux couvertures ; un livre comme un plaid d’hiver.

Il y a cette musique, qui m’accompagne depuis toujours, cette sensation depuis toujours. De l’acoustique, et les écheveaux se dévident, les uns après les autres.

Qui n’a jamais rangé le sapin de Noël comme une évidence, une prochaine fois, un à bientôt plein de tendresse. Ce carton-là, ce n’est pas un carton comme les autres. On ne lui laisse jamais le temps de véritablement prendre la poussière. Il est au milieu des autres cartons, comme l’espoir est au milieu de la foule.

Il y a la colère, la colère de février qui bouscule janvier, qui avance l’horloge et devance la douceur des jours de calme, des idées claires.

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Il y a les amis, les bébés, les sourires et les battements de cœur. Il y a les petits pyjamas achetés chez Monoprix, les cartes qui sentiraient presque le bébé et les papiers de soie qui enlacent toutes ces enveloppes d’amour. Il y a les rendez-vous de programmés, les j’ai-hâte-de-le-voir, et les lèvres retroussées à la niaise.

Il y a les doutes, les questions, les hésitations, et les larmes qui accompagnent parfois tous ces mouvements de l’esprit, tous ces soubresauts psychiques. Et il y a sa main, chaude, tendre, et pleine de promesses, qui se glisse entre mes doigts, nonchalamment, et comme deux enfants qui se cherchent avant de rire aux éclats.

Il y a les conversations de mon fils, qui suffisent à elles-seules à combler tous les silences de la vie. Les draps en coton, qu’on glisse sous les portes pour se cacher du froid, voilà ses mots. Ses yeux qui pétillent, ses sourires à profusion, et cette sensation que la vie de mon fils est dirigée par une horde de ballons multicolores ; rien ne peut les faire exploser, pas même les envolés inattendues, les bourrasques impétueuses, les chutes qui amorcent les premiers pas. Mon fils vole quand nous nous contentons de survoler ; et j’ai compris que les rires étaient fait pour avoir des ailes. Ce n’est pas de la légèreté, c’est la vie.

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Il y a la gratitude, les petits carnets arrachés à leur rigidité, et les quotidiennes qui épousent la bille du stylo. Il a les sentiments, qu’on écorche sur du papier, les mots, qui tambourinent et donnent le rythme au cœur. Il y a l’émerveillement, les merci-à-la-vie, les il-n’en-faut-pas-plus et les je-t’aimerai-toujours.

Il y a les cadeaux de Noël, qui lentement prennent leur place toute trouvée dans ma vie, dans mes journées qui s’égrènent et qui s’ébattent avec le temps, les heures, les secondes, bien trop vite, bien trop rapide va la vie. Il y a le temps pour soi, qu’il est difficile de faire rentrer dans son agenda compact, et qui pourtant trouve la première place, tout petit à petit, dans la bienveillance et la patience.

Il y a les oranges à bouche qui retrouvent leur couleur dans mon panier en fer, les kiwis coupés en deux et qui piquent à m’en mordre les joues quand je les avale d’une traite. Il y a les crumbles à la banane qu’on dévore avec les doigts, les tartiflettes et les soupes faites maison, qui nous font rosir de plaisir, et nos verres de vin échangés à la dérobée, à baisers feutrés, dans le fond d’un canapé qui sourit de nous voir là, chaque soir, mes jambes allongées sur tes genoux, à refaire le monde, à s’inventer des rêves, à se rappeler de vivre, à se partager des souffles de vie, de magie.

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Il y a des papillons dans le ventre, qui tremblent au bout de mes doigts, qui éclosent et qui s’envolent, comme nos vœux de mariage qui n’ont de cesse de battre leurs ailes dans le ciel amoureux, dans les températures changeantes de l’amour, dans les saisons d’un mariage qui retrouve toujours son été. Il y a des projets, des courts termes et des longs termes, des variations, des symphonies et des cymbales de rire. Il y a des vêtements jetés au sol, des pieds enlacés dans une froide nuit d’hiver, des lèvres retrouvées et des discussions tête contre torse. Il y a des envies, des disputes, des incompréhensions, mais la même destination. Il y a des avancées, des peurs qui nous foutent à l’envers, des combats qui nous lient et qui nous relient ; et notre reliance, toujours.

Il y a les un an de notre fils, tes 25 ans, mes 26 ans et – comment oublier – il y a nos quatre ans de mariage. Nos valises sont prêtes, nous reprenons nos chemins étrangers, et après un bref arrêt sur naissance, nous voilà repartis sac sur le dos. Il y a nos où-va-t’on ?, il y a nos listes à rallongent, nos Rome-Zurich-Amsterdam-Copenhague-Vancouver-Lisbonne, et puis il y a Londres. Londres, et c’est ainsi que notre sac se pose, avec toutes les attentes qui rapprochent de juin.

Il y a cette grippe, qui m’a clouée au lit. Il y a la fin de Gilmore Girls, les derniers épisodes qu’ont fait doucement durer, car la fin est proche. Et le dernier générique, les frissons de nostalgie, et se demander comment faire sans Rory et Lorelai, et puis les sourires de nostalgie. Et mes derniers magazines, au premier rang dans les rayons, et vite les saisir, les serrer contre soi, sortir la monnaie et dévorer les titres. Les premières journées sans personne à la maison, à espérer tomber malade plus souvent, dans le calme et la douceur des têtes à tête avec soi.

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Il y a le plaisir de rentrer chez soi, dans la chaleur mordante du chauffage au gaz, quand le froid pénètre dehors.

Il y a la joie tendre de retrouver ses deux hommes après une longue journée de travail.

Il y a le lâcher-prise, le no-control, les on-verra-bien, les au-jour-le-jour et les chaque-chose-en-son-temps.

Il y a la confiance, la foi, les prières, et les réverbères qui illuminent au bon endroit, au bon moment ; la réverbération de la vie sur le cœur.

Il y a l’odeur des livres neufs, les photographies, les vieux films et le Jazz.

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Il y a ne rien faire, croiser les mains derrière la tête et regarder le plafond. Savourer les secondes qui passent et entendre l’horloge qui chante. Il y a la saveur des samedis matins et des vendredis soirs, la trompette qui résonne dans la chambre, et les petits pieds de mon fils. Il y a le saxophone au fond de l’église, les piles de livres dans la bibliothèque, la peinture et les pinceaux dans la boîte en plastique, le reflex sur la table du salon et les piles de magazines sur la table basse. Il y a les tasses en céramique, la machine à café d’origine et le grain qui tombe dans le réservoir. Il y a les draps froissés, la poussette dans l’entrée, et le calendrier dans les toilettes. Il y a tes petits livres pour bébé, ta veilleuse renard, et ton cheval à bascule. Il y a nos sneakers du week-end sous le meuble à chaussures, nos manteaux qui s’embrassent sur le portant, et nos pyjamas sous les oreillers. Il y a nos machines étendues, nos quatre mains en cuisine, et nos douches brûlantes. Il y a mes cours de danse du jeudi soir, mon sac de sport sous le canapé et mes chaussons impatients. Il y a la créativité, la tendresse et le temps au temps. Il y a les peut-être, les je-ne-sais-pas, et les je-me-lance. Il y a les défis personnels, la maturité dans les poches, et l’amour dans toutes les pièces de la maison. Il y a 2017 qui commence à peine et qui, doucement, subrepticement, me fait sourire d’allégresse.

Comme un petit air – Elysium, Bear’s Den

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