Cette année,

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(Crédit photo : Isabel Nao)


Je ne suis pas particulièrement friande des bilans de fin d’année et des perspectives de nouvelle année. Très honnêtement, je préfère mille fois la rentrée de septembre, qui booste mon inspiration personnelle et mes projets à venir. Mais cette année a été assez particulière, avec son lot de surprises et d’inattendus, et je dois avouer que j’ai eu envie de dresser, non pas un bilan, mais en quelque sorte un carnet de route, pour me rappeler combien, jour après jour, l’évolution en est plus belle.

Cette année, je suis devenue maman. Ou en vérité, je l’étais déjà depuis le mois de juillet dernier, mais cette année, j’ai tenu mon bébé dans mes bras. J’ai – littéralement – accouché. Avant même de tomber enceinte, j’étais terrifiée à l’idée de souffrir pendant l’accouchement, avec la peur au ventre que ma grossesse se déroule mal. En ce sens, je me disais : ça attendra, nous ne sommes pas pressés, je dois prendre le temps de dédramatiser. Mais j’ai été prise par surprise, à notre retour d’Amsterdam, de cette envie soudaine. Moi qui ai un besoin d’autocontrôle permanent, qui ai toujours besoin d’anticiper les projets pour les préparer psychologiquement, cette fois il n’y a rien eu de tout ça. C’était juste le bon moment, la meilleure décision. Je me suis surprise, pour la première fois de ma vie j’ai mis de côté ce besoin de contrôler ma vie, et je me suis lancée. C’était sans savoir que je tomberais tout de suite enceinte (je m’étais persuadée que ce bonheur-là devait se mériter), ce qui m’a laissée encore moins de temps pour me préparer psychologiquement. Je me suis donc lancée comme ça, sans rien de plus. J’ai, en quelque sorte, appuyée sur Pause, et ce que je ne savais pas, c’est que ce n’était que le début.

Cette année, je suis devenue une autre femme. Plusieurs casquettes m’ont été posé sur la tête : Elsa la maman de petit N., Elsa la femme de G., Elsa la salariée, Elsa la femme et toutes m’ont littéralement bousculée, chacune à leur manière et à leur rythme. Et si je ne suis pas toujours passée par des périodes faciles, si parfois les remises en question n’ont jamais été aussi intenses, aujourd’hui je suis jongleuse professionnelle. Comme si les points jusqu’ici sensibles n’étaient plus que des sapins de Noël illuminés, multicolores, agréables à regarder, et même inspirants de gratitude. Je peux le dire : la Elsa de 2017 a entièrement changé, je dirais même : a entière été changée. Cette transformation inattendue est la clé de voûte de mon nouvel équilibre et de mon nouvel épanouissement. Je ne sais même plus comme c’était avant. Et comment je faisais, d’ailleurs, avant ?

J’ai abandonné l’idée de contrôle. Aujourd’hui, je vis au jour le jour, et les gros projets ne dépassent pas les plus de six mois (grosso modo, ils s’arrêtent à la rentrée prochaine). Je fais du tri, je sélectionne les plus cohérents, je prends le temps de m’écouter, d’écouter mon corps, et de m’arrêter sur chaque douleur, chaque rire. Je ne fuis plus la douleur. Je suis persuadée qu’elle n’attend qu’une seule chose, c’est que je la regarde droit dans les yeux et que je la rassure. Et je m’y adonne.
Je ne me contente plus d’exister, je prends le temps de vivre dans toute mon enveloppe corporelle, avec ses failles, ses qualités, ses bruits tantôt secs tantôt vivants, ses passions et ses désirs. Si on est capable de définir l’Etat ou une société quelconque comme une entité, alors à plus forte raison je suis mon entité ; je prends enfin le temps d’éclairer mon fonds de commerce, qui se nourrit d’empathie à foison.

Cette année, j’ai changé de mode de vie. Mes yeux ont redécouvert la simplicité et son charme désuet. J’ai d’abord cru devenir folle, me transformer en citoyen d’un gourou, d’une mode, d’un mouvement général. Et puis j’ai pris conscience de toute la richesse de cette fameuse simplicité : son individualité. J’ai vidé mes placards, j’ai rangé ma maison, et je l’ai laissée s’installer, se lover.

Elle a alors embrassé ma nouvelle consommation. Moins d’achats superflus, plus réfléchis, et davantage de plaisirs simples, gratuits et pourtant riches. De ces plaisirs simples qui valent des millions et qui pourtant n’amassent aucun euro. Elle s’est immiscée avec bienveillance, ajustant toujours le curseur à son juste équilibre, et n’outrepassant jamais ses droits. Et alors, j’ai su qu’elle faisait dorénavant partie de la famille.

Cette année, j’ai changé mon regard. Ayant moins de temps pour moi, j’ai appris à n’en retenir que les activités principales. Je suis une personne curieuse, avide de connaissances, et qui se prend de passion pour énormément de domaines en même temps. J’ai longtemps trouvé ça merveilleux et je ne concevais pas de faire autrement. Et puis j’ai ramé, j’ai trainé des pieds, et j’ai fait des choix. Les bons choix. Aujourd’hui, je ne me contente pas d’effleurer vingt domaines en même temps, je sonde la profondeur de quelques domaines à peine. Ce sont devenus mes meilleurs amis et je les connais par cœur.

J’ai longtemps cru qu’il était bon d’être toujours gentil avec tout le monde, de ne froisser personne et de préserver le moral des troupes, quitte à en oublier le mien. Vous voyez la fille qui dit oui même si elle pense non, pour faire plaisir à l’autre ? Aujourd’hui, après quelques rencontres abusives, j’ai compris qu’on pouvait aimer les autres sans y laisser son âme. Et que cela nécessitait, parfois, de se protéger et de s’éloigner. J’ai appris qu’on pouvait aimer dans le silence, qu’on pouvait embrasser dans la distance, qu’on pouvait pardonner dans le recul.

Ce qui était important hier ne l’est plus aujourd’hui. Être mère a modifié la majorité de mes perspectives. Ce qui est important est simple, partagé, choyé, délecté. Et étrangement, mes horizons se sont élargis, demain est plus fluide, plus clair, plus serein.

Cette année, j’ai renoué avec la vie. Je suis passée par un trou noir, dans l’avion des journées j’ai voyagé dans un trou d’air interminable, qui a pris naissance avec un orage de longue date, qui a attendu des années avant d’éclater, de semer le trouble, de se déchaîner. L’éclair d’il y a quelques années a enfin laissé le tonnerre gronder. Mais quel tonnerre… La piste d’atterrissage était verglacée, mais je suis en vie, et toute ouverte devant moi. Le grand tapis rouge, les grandes marches, les réverbères éclatants, tout y est. La vie me saisit aujourd’hui comme si j’avais frôlé la mort. J’ai conscience de sa beauté, de son éclat, de ses couleurs, de son imparfait bonheur. Et les kilomètres à franchir, année après année, font désormais battre mon cœur telle la chamade du premier émoi.

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