Et puis j’ai repris le travail,

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Et voilà, après 6 mois et demi d’amour et de tendresse partagés à temps plein, j’ai repris le chemin du travail. Je n’avais pas vraiment choisi cette date par hasard. Je tenais absolument à rester avec mon petit N. jusqu’à ses 6 mois, période où la notion de distinction est intégrée pour lui : maman d’un côté, bébé de l’autre, et nous ne faisons plus une seule et même personne. Nous avons également suivi la date de son entrée en crèche, qui tombait à point nommé puisqu’après ces mois fatidiques.

Je ne pensais pas que le temps passerait aussi vite, naïvement je me disais que le chemin de la reprise était encore bien loin, et puis nous y voilà, comme une ellipse. Pour la plupart, vous le savez déjà : j’aime mon indépendance, j’aime ma vie de femme autant que ma vie de maman, et je ne concevais pas ma parentalité sans reprendre le travail. J’ai donc très bien vécu l’adaptation en crèche, ainsi que la vision future du travail qui reprenait ses droits.

Notre petit N. a, quant à lui, aussi bien vécu la crèche que maman : serein, heureux, éveillé et calme, pas une crise de larmes, et des sourires à foison. En somme, un contexte de rêve pour reprendre tranquillement, paisiblement. Mais c’était sans compter que mon fils m’avait révélée et qu’il m’avait changée, je dirais même : transformée. Et aujourd’hui, ma vision du travail a été totalement bousculée. J’ai compris l’importance de travailler pour ce qui nous plaît le plus, pour ce qui nous passionne, nous fait vibrer, nous donne envie de nous battre et de nous lever le matin le sourire jusqu’aux oreilles. Mais j’ai aussi été confrontée aux limites, aux contraintes, aux obstacles, voire aux murs rencontrés par cette pensée, cette vision de la vie.

Aujourd’hui, non, je ne vais pas m’en cacher, je ne travaille absolument pas sur un poste qui me passionne. Je suis Assistante de direction et Assistante Ressources Humaines à mes heures perdues. Et bien que j’aime mon métier et les responsabilités qui lui incombent, cela ne me suffit plus. Et pourtant… on n’a pas arrêté de me dire : « mais enfin, tu as un CDI, tu as un salaire fixe, tu es dans une boîte fantastique, tu as des tas d’avantages, et tu voudrais tout quitter, tout plaquer, surtout dans la société dans laquelle on se trouve aujourd’hui ? » Jusqu’ici, je ne savais que répondre. Je me trouvais un peu ridicule, un peu ingrate et un peu prétentieuse avec mes grands projets pompeux, créatifs et artistiques. Et puis, chemin faisant, esprit pensant, je suis capable aujourd’hui de le dire haut et fort : oui, trois fois oui, je veux tout plaquer. Et ça n’a rien à voir avec un coup de tête, croyez-moi.

J’ai tout de même voulu reprendre le chemin du travail, pour n’avoir aucun regret, pour être allée jusqu’au bout de ma pensée, ce qui n’a fait – inévitablement – qu’accentuer mes désirs ambitieux trop longtemps inhibés. Lorsque nous avons eu cet entretien de reprise, avec ma responsable hiérarchique, chaque mot a appuyé et accentué les nouvelles lignes que je voyais pour mon avenir. Je travaillais si bien que mon poste actuel est en deçà de mes compétences, qu’il ne faut pas que j’hésite à postuler sur un poste plus important et, de fait, plus intéressant, et qu’à mon âge (25 ans), j’avais toutes les chances de mon côté pour terminer Directrice à 40 ans.

Ok, ça fait toujours plaisir à entendre, on ne va pas se le cacher. Mais voilà : aujourd’hui, il n’y a pas que Elsa. Il y a Elsa et petit N. Et je ne veux pas, un jour, me réveiller et m’apercevoir que je suis passée à côté de mon fils, de son éducation, de son émerveillement, de son bonheur. J’ai quand même jeté un œil aux offres d’emploi en interne (il y en a toujours à foison, et la société étant en pleine restructuration, je me suis dis pourquoi pas…), mais aucune ne m’a réellement parlée. Et le pire, ce n’est pas parce qu’elles manquaient d’attractivité, d’intérêt ni de matière, mais parce qu’elles ne parlaient tout simplement plus à la Elsa que je suis devenue.

Alors, j’ai fini par tricoter tout un tas de pensées négatives : je n’y arriverai jamais, je suis en congé parental à temps partiel de toute façon et je veux le rester pour le moment, je n’ai pas les compétences, je vais tout perdre, je suis trop ambitieuse, etc. Et mon esprit s’est comme figé là, pétrifié.

J’hésite à l’écrire noir sur blanc, mais je me dis qu’après tout : qu’est-ce que ça peut bien changer ? Alors voilà. Si je devais vous dire, là comme ça, la Elsa que je vois, celle qui est telle qu’elle : j’aurais déjà beaucoup plus confiance en moi et en mes capacités professionnelles, j’aurais beaucoup moins peur du delta Ambitions – Risques, j’aurais fait d’autres études en adéquation avec mon talent, qui m’aurait menée sur un poste d’Assistante d’édition dans une maison… d’édition. Très peu de postes ? OSEF, après tout j’ai beaucoup plus confiance en mes capacités professionnelles, donc je peux le faire, je peux l’avoir. Je relirais des livres en attente de publication, je modifierais des phrases, des paragraphes, des mots, je participerais à des salons, des dédicaces, des séminaires, je serais en relation étroite avec des auteurs, je gérerais les droits iconographiques, et négocierais l’édition, en bref : je serais en osmose avec les livres !

Mais voilà. En vérité, j’ai eu un professeur de français médiocre (pour ne pas dire minable) en seconde qui a brisé mes rêves (je vous passe le laïus sur les professeurs anti-pédagogiques et anti-constructifs, qui ne sont plus capables de déceler le potentiel de leurs élèves et de les guider vers la réussite) et qui m’a envoyée en technique parce que mes rédactions de français « étaient trop complexes et beaucoup trop littéraires ». Amen. A 15 ans, je l’ai cru et je me suis persuadée, pendant des années, que je n’étais pas faite pour l’univers littéraire. Aujourd’hui, je crois que j’aurais aimé qu’on prenne pleinement conscience de mon potentiel et qu’on me dise : tu as du talent. Je crois que je me serais battue, au-delà même de ce que pouvait penser ce professeur illégitime.

Alors, vous allez me dire : tu as 25 ans, lance-toi, change de voie, tu peux toujours te battre. Et vous auriez raison. Mais aujourd’hui, il faudrait que je trouve trois années d’études à caler dans ma vie familiale, des cours d’anglais et d’italien personnels pour développer mon niveau effrayant, et de la confiance, de la volonté, de la force pour trouver le poste tant attendu, tant mérité. Et que je laisse mon fils de côté, beaucoup trop de côté, pour mes ambitions personnelles.

Aujourd’hui, quand je vois mon fils de 7 mois danser sur les musiques de Noël que je ne manque pas de faire éclabousser dans toute la maison (oui, je raffole de Noël !), quand je l’entends chanter au fond de son lit et imiter maman qui chantait « ouba ouba le Marsupilami » cinq minutes avant (« oupa ! »), quand je le vois rire dès que je danse devant lui, faisant rebondir ses petites jambes et ses petits pieds sur le tapis, quand il se blottit contre moi, au creux de mon cou, comme on serre contre son cœur le plus bel endroit du monde, quand je le vois dormir, poings fermés, si paisiblement, avec ce minuscule souffle de vie, quand je lui montre tous les fruits et légumes sur les étals du marché et qu’il veut absolument attraper le potiron, quand je le vois dévorer les petits pots que j’ai pris le temps de cuisiner avec amour, malgré la fatigue, quand je le vois émerveillé par la nature et la beauté d’une forêt au cœur de l’automne, quand je le vois s’épanouir avec les choses les plus simples de la vie, j’ai trouvé mon métier.

Les seuls livres qui me passionnent depuis sept mois sont les livres sur la parentalité, je maîtrise le sujet comme un mémoire de fin d’études. En ce moment, « L’art d’être parents » a chamboulé mes perspectives d’éducation, et une envie inattendue prend place au fond de mon être de maman : faire l’école à la maison. Mes ambitions tournent autour du réservoir émotionnel de mon fils, de l’amour inconditionnel des parents, de l’éducation bienveillante, positive, et de la construction de son estime personnel, de sa confiance en la vie, de sa foi. Je ne cuisinais pas et maintenant je me passionne. Je n’étais pas manuelle et détestais les DIY, maintenant je me passionne et j’ai déjà des milliers d’idées pour que mon fils en profite. J’étais passionnée de mode, de beauté, de décoration et aujourd’hui les choses les plus simples, la consommation minimaliste, la récupération, chiner me passionnent. J’étais friande de voyages, de terres étrangères, et aujourd’hui un simple week-end à trois à la mer me fait l’effet d’un mois au Canada. Les souvenirs, les moments de qualité, l’amour, dans les détails simples, les petits plaisirs quotidiens, sont aujourd’hui ma vision de la vie et du bonheur.

Arrêter de travailler ? Réduire son train de vie ? Déménager ? Faire confiance ? Même pas peur. Statut : Maman. Salaire : des éclats de rire qui dégoulinent. Évolution : Grand-mère (haha, non je blague, il n’a que 7 mois ho). Je disais donc : Évolution : Maman d’un enfant adulte, équilibré, aimé, stable, bienveillant. Horaires : Temps plein. Contrat : Éternel.

Je n’ai pas trouvé meilleur métier au monde.

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5 réflexions sur “Et puis j’ai repris le travail,

  1. mamanchloe dit :

    Oh la la mais il est génial cet article !J’aurais pu l’écrire tellement je me reconnais dans tes mots : après la naissance de petit G je suis devenue une nouvelle Chloé et je découvrais le plus beau métier du monde, celui de maman. J’ai ressenti (et ressens encore) les mêmes émotions, les mêmes envies, les mêmes questions. J’ai eu envie de tout plaquer, je n’étais plus à ma place à mon poste. Puis ensuite j’ai voulu reprendre mes études, faire d’autres formations… Je suis encore en plein questionnement sur mon avenir mais je sais que je veux profiter de mon petit garçon car le temps passe vite, très vite.

    Aimé par 1 personne

  2. auboutduvoyage dit :

    Comme je te comprends, c’est brûlant à l’intérieur de moi, c’est une urgence de profiter de mon petit N. Tout passe au second plan. Mais en même temps, c’est important de concilier une vie à côté de tous ses sentiments d’amour, et j’essaye de l’arranger autant que je le peux. C’est là que tout se complexifie… mais il faut du temps au temps !

    Aimé par 1 personne

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