Entre le passé et le futur,

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Ca fait plusieurs jours que je me demande si je vais arriver à écrire cet article. Encore aujourd’hui, je me demande si je vais trouver les mots justes et si je vais arriver à le publier tel qu’il est.

Dans ma tête, c’est un vrai sac de nœuds. Tout a commencé lorsque je suis tombée enceinte de mon amour de petit garçon, et depuis ça ne s’arrête plus. C’est une cadence répétée, interminable, omniprésente et jamais rassasiée. Il en faut toujours, encore et encore. Mon cerveau a un besoin constant de rationaliser, et de contrôler. Tout ce qui se présente à moi, du lever au coucher, d’une tasse de café à un regard perplexe. Oui, tout, vraiment tout. Et ce besoin de changement, devenu vital, une nécessité, une urgence.

Alors oui, autant que je vous le dise avec toute la sincérité du monde : je suis épuisée. Lessivée. Exténuée. Et je ne cherche pas là, à travers des mots maladroits, une quelconque pitié ou compassion de votre part. J’assume totalement ce que je ressens actuellement et je n’ai pas l’utilité de me faire plaindre. D’ailleurs, hein, si ça se trouve, vous aussi vous vous sentez épuisés, lessivés, exténués ? Et pourquoi ma fatigue serait-elle plus importante que la vôtre ? Vous voyez ? Je m’égare mais enfin…

Je suis comme ça, que voulez-vous. Je me soucis toujours des autres, et je m’oublie très facilement. Je ne suis pas en train de dire que je suis la plus altruiste du monde et que je fais preuve d’une abnégation à toute épreuve. Non. Je dis juste que j’aime un peu trop les gens et peut-être que je devrais en faire autant avec moi. Mais je m’oublie très vite (et peut-être que ça m’arrange bien finalement hein) et je trouve toujours une âme esseulée, nostalgique, apeurée, etc. à prendre dans mes bras (plus au sens figuré qu’au sens propre d’ailleurs, car j’ai un peu de mal avec les hug pour tout vous dire) (bon, à part avec mon mari et mon fils). Et là, c’est comme si toutes ces années, à me laisser dans un coin de la tête, à laisser mon âme prendre la poussière et mes émotions s’enterrer dans la cave, j’en payais le prix fort. Et je me sens comme incapable de me soucier des autres comme je le faisais avant, c’est comme si mon âme se mettait toujours en travers de ma route pour que je n’aille pas plus loin. J’ai beau lui dire « allez, roule ma poule », elle me regarde sans un sourire, sans un mouvement perceptible (ni même imperceptible j’en suis sûre) de ses commissures, le regard sombre et m’arrête net.

Tous les jours, j’ouvre cette foutue application WordPress, prise d’un élan enthousiaste pour écrire ici, et toujours je referme cette fenêtre sans rien avoir ajouté de plus. Je ne trouve pas les mots, je ne trouve même plus mes émotions, mes sentiments, et pourtant j’ai foutu mon âme sens dessus dessous. J’ai bêtement construit un barrage entre le temps présent et mes sentiments personnels, et aujourd’hui la dynamite de la vie m’a rattrapée ; pierre après pierre, émotion après émotion, tout a foutu le camp. Quel est le lien avec vous ? Aucun, si ce n’est peut-être que j’avais besoin de vous expliquer (et de me justifier) pourquoi est-ce que je n’étais plus très présente en ce moment par ici.

C’est lorsqu’on se trouve enfin et qu’on met enfin le doigt sur la directive de vie que l’on souhaite pour chacune de nos journées ici bas qu’un tel chamboulement intervient. Pour tout vous dire, j’en ai même parfaitement conscience. Il faut changer, il faut se changer, se déshabiller complètement pour mieux se couvrir, mais parfois ça prend (beaucoup) du temps, ça nécessite de la patience et beaucoup de bienveillance. En somme, toutes les qualités que je ne nourrissais pas jusqu’ici chez moi. J’ai donc beaucoup de travail à fournir, c’est comme si je venais de mettre en ligne le vide grenier de mon âme. Et là je me sens un peu vidée ; un peu… littéralement vidée, oui.

Vous allez me dire que les pervers narcissiques de ma vie (ou de mon passé) ont une part dans tout ça ; certainement. Je pourrais presque même leur dire merci de m’avoir autant poussée dans mes retranchements (mais bon hein, faut pas pousser mémé dans les orties non plus). Ma grossesse a joué un rôle déclencheur dans cette quête intrinsèque, et alors l’arrivée de mon fils a réveillé le volcan de feu en moi. En un regard, un seul, le premier et en quelque sorte le dernier (puisque je suis devenue une nouvelle personne depuis), il a jeté en l’air 25 ans d’existence. 25 années d’existence bâties sur du sable, quand lui a tout reconstruit sur du roc. En un regard. Un premier cri. Une première tétée. Et sa chaleur, sa toute première chaleur partagée…

Je ne veux plus me contenter de rêver et de me dire « ha, et si seulement j’étais comme ça… ». Je VEUX être comme ça, sans concessions, sans excuses à bafouiller, et sans culpabilité à enfouir sous des draps de honte (injustifiée). Je ne veux plus entendre ma petite voix intérieure me répéter sans cesse « Si seulement tu menais cette vie là… hein ? hein ? hein ? ». Je VEUX mener cette vie là. Mais surtout : je veux me donner les moyens de la vivre, telle quelle, comme ça se présente. Et enfin, je ne veux plus me laisser aller à des tirades interminables de faux semblants mais être moi, simplement moi, juste moi, dans toute sa complétude et sans avoir à me cacher de ce que je suis (pour la fierté, c’est encore en travaux…).

Alors voilà, je passe mes journées à construire sur du roc (ce qui nécessite une pile de livres digne d’une bibliothèque pour maîtriser le sujet), à meubler l’âme froide qui habite en moi et qui n’aspire qu’à un bon feu de cheminée crépitant pour retrouver cette chaleur naguère si indispensable. Mais parfois, c’est éreintant : se poser mille et une questions, chercher chacune des réponses, se remettre en question, s’établir et se rétablir, s’écorcher et se panser, s’haimer, se désaimer et s’embrasser, faire la paix, changer ses habitudes, et trouver, en adopter de nouvelles ; les bonnes cette fois j’espère.

Voilà où je suis en ce moment : sur l’échafaudage de mon âme, entre le passé et le futur, à ravaler la façade du présent.

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2 réflexions sur “Entre le passé et le futur,

  1. mamanchloe dit :

    Ma petite Elsa, comme tes mots raisonnent en moi. Je te comprends…l’arrivée dans ma vie de mon fils a tout chamboulé, tout remis en question. Le plus difficile à présent est de savoir vers quoi se diriger et comment le faire pour que tout le monde soit heureux. Prends le temps qu’il te faudra pour trouver ta voie et te reposer moralement.
    A très vite, je t’embrasse.

    Aimé par 1 personne

  2. auboutduvoyage dit :

    Si tu savais, j’ai l’impression que du temps, il en faut, encore et encore, qu’il n’y en a jamais assez ! Tu te souviens, à l’époque tu avais écrit un article sur le fait que tu souhaitais donner une nouvelle direction à ta vie, et notamment quitter ton travail. Hé bien j’en suis rendue au même stade… J’ai très envie de donner une nouvelle direction à ma vie, notamment professionnelle, mais je ne sais absolument pas par où commencer. Mon bébé m’a toute retournée ! C’est une bonne chose, évidemment, et je lui en suis tellement reconnaissante, mais je dois avouer que je me perds, car comme tu le dis si bien, il faut aussi prendre en compte le fait que « tout le monde soit heureux » dans les nouvelles décisions. Je continue ma quête… !
    Bises caféinées

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