Et alors, mon fils m’a transformée,

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Pour tout vous dire, en ce moment, j’ai les idées qui s’emmêlent comme des cheveux autour d’un élastique. Mes projections d’aujourd’hui, de demain, ne sont plus les mêmes. C’est très fort, c’est prenant, mais ça surprend aussi pas mal. En bref, mon fils a tout changé.

A l’époque, surtout avant de tomber enceinte, mais aussi pendant ma grossesse, dans une certaine mesure, je ne me voyais pas ailleurs qu’à Paris, à profiter de l’effervescence de cette ville, de tout ce qu’elle contient au plus profond de ses entrailles (et elle en cache, des belles choses), à rebondir sur les capacités de cette ville pour nourrir ma passion pour la mode, la beauté, à voyager un peu partout, à travailler beaucoup, à obtenir ma promotion tant rêvée, à gagner davantage, à avoir une maison de vacances dans le Sud de la France, etc. En somme, à bouffer la vie, sans demi-mesure, sans chercher plus loin, la saisir telle qu’elle est, telle qu’elle vient, quitte à m’égratigner un peu.

Et puis mon fils est arrivé. Ha… mon fils. Voilà déjà six mois qu’il me transforme, lentement, subrepticement. C’est dingue mais je suis, en quelque sorte, l’argile sous les mains innocentes mais émerveillées de mon fils, qui me façonne telle que je suis, sans aspérités, sans masques, et dans la réalité, ancrée à jamais dans la douce saveur d’une vie révélée, d’une vie telle qu’elle vaut vraiment la peine d’être vécue, et pas telle qu’on nous apprend à la vivre, telle qu’on nous somme – même – de la vivre.

Je peux vous dire qu’au début, lorsque j’ai compris où cela allait me mener, j’ai eu très peur. Je me suis dis « Non, non, non, mais qu’est-ce que c’est que ce foutoir ?! ». Et puis j’ai finalement accepté de lâcher prise, tout doucement d’abord, comme lorsqu’on pénètre dans un bain brûlant et que le corps doit s’adapter à cette nouvelle caresse, et puis j’ai fini par kiffer-ma-race (ça, c’est fait).

Alors voilà, aujourd’hui, cette vie parisienne ne me fait plus envie, bien qu’elle reste merveilleuse et totalement enrichissante, mais elle ne fait plus partie de mes aspirations présentes, de la nouvelle femme que je suis devenue, en serrant mon rôle de mère dans les bras, et de tout ce à quoi j’aspire pour rendre mon fils heureux, épanoui, et fou d’amour pour la vie, pour les petits plaisirs simples du quotidien.

Depuis quelques temps, quelques semaines, quelques mois même, j’aspire à davantage de sérénité. Une petite maison en pierre bretonne, embrassée d’hortensias bleus, à deux pas des embruns où il suffit alors d’ouvrir les fenêtres, d’aérer la maison, de laisser les rideaux prendre leurs airs de liberté, pour entendre la mer, les vagues, le ressac, cette mélodie hypnotique, transcendante, qui laisse le cœur pantois d’émotions, à jamais. Arrêter de travailler, m’occuper de lui H24, J7, quand il rit aux éclats, mais aussi lorsqu’il est en colère, ou encore lorsqu’il est peiné. Tout prendre de lui, les bons moments, comme ceux qui sont plus difficiles, plus complexes, moins rationnels, tout prendre de lui pour ne rien perdre, ne rien rater, n’avoir aucun regret. Manger notre goûter tous les deux au bord de la mer, à réinventer le monde comme si tout s’arrêtait là, à nos pieds nus ou bottés. Avoir un potager et récolter les produits de saison, nés de l’amour et de la persévérance, avec lui. Cuisiner de bons petits plats pour lui ainsi que pour son papa, lorsqu’il rentre du travail le soir. Peindre au coin du chevalet et le laisser dessiner à mes pieds, tirant la langue pour que ce soit « crô joli, comme toi maman ». Allumer le feu de cheminée et lui lire des histoires enchanteresses dans le crépitement qui l’endormira nonchalamment, tendrement. Prendre mon vélo, l’attacher à l’arrière, et partir faire le marché, prendre un chocolat chaud dans la café du port, nourrir les mouettes. Prendre la vie simplement, dans sa beauté la plus pure, sans ajouts, sans suppléments.

Alors oui, c’est certain, passer de la vie citadine, à la vie davantage reculée, c’est une adaptation, dont il faut prendre conscience. Vivre dans un espace qui grouille de monde et finalement arriver dans un lieu plus sobre, plus silencieux, c’est à accepter. Et les hivers qui sont parfois longs, et la solitude qui parfois se ressent, et les fins de mois difficiles, oui, oui, c’est à voir, c’est à entendre, il ne faut pas le nier. Mais ça ne me fait pas peur, ça ne me fait PLUS peur. L’idée a été ensemencée lorsque mon regard a croisé cet être si fragile, si beau, si doux, et elle a germé, elle croît et croule au même rythme que mon amour pour mon fils, qui prend de l’allure, de la croissance, de la solidité.

Mais bien sûr, Rome ne s’est pas construite en un jour. Pour le moment, nous vivons toujours à Paris, dans notre petite maisonnette, et notre petit N. démarre bientôt son adaptation à la crèche… jusqu’à ce que je reprenne le travail. Moi qui n’attendais que ça, il y a six mois, aujourd’hui j’y vais en fuyant, en me raisonnant. Parfois, il faut faire preuve de sagesse, de sacrifice, pour entreprendre les projets qui nous tiennent à cœur. Aujourd’hui, je lis partout qu’il faut arrêter d’avoir peur, qu’il faut se lancer, tout quitter si nécessaire pour faire de sa vie un rêve et un rêve une réalité. Dans une certaine mesure, c’est vrai, et je ne peux pas contredire ce fait. Mais d’un autre côté, je sais aussi que cela nécessite souvent du temps, de la patience, de la réflexion, surtout lorsqu’on est un couple, et mieux encore, une famille. Alors pour le moment, je lève les épaules, je redresse le buste, je souris avec reconnaissance et je reprends doucement le chemin du travail… car, qui sait, ce travail ne sera-t-il pas la petite maison en pierre bretonne embrassée par des hortensias bleus de demain ?

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